Centre d’Etudes et de Recherches en Administration Publique

Accueil du site - Revue Pyramides - Numéros parus - Pyramides n°23 - dernier numéro - La guerre des talents aura-t-elle lieu ? Travailler dans l’administration publique au XXIème siècle

Dans un contexte de restrictions budgétaires et de réformes, le secteur public est amené à recruter des talents, ces hauts et moins hauts potentiels chargés « d’en faire plus et mieux avec moins ». En concurrence directe avec le secteur privé, comment faire de l’administration publique un employeur réellement attractif plutôt qu’un choix par défaut dans un contexte d’accès difficile à l’emploi ? La guerre des talents se manifeste à plusieurs niveaux, dans l’organisation des services de ressources humaines, dans la définition des motivations des candidats, la manière dont la fonction publique soigne son attractivité. La diversité des personnels du secteur public met en question les rapports de travail entre les générations, la gestion des carrières pour nombre de métiers et de postes à forte expertise (informaticiens, économistes, juristes,…). Enfin, de quelle façon la multiplication des partenariats avec le secteur privé modifie-t-elle le travail dans la fonction publique ?

Table des matières

-  Editorial
-  Introduction. La guerre des talents dans la fonction publique ? Eric Nachtergaele
-  La « guerre des talents » est-elle perdue d’avance ? Attirer et fidéliser les salariés par les valeurs du service public David Giauque, Simon Anderfuhren-Biget et Frédéric Varone
-  Le statut et la « guerre des talents » Alexandre Piraux
-  Talent management in the flemish public sector. Positioning the talent management approach of the Flemish government Dorien Buttiens et Annie Hondeghem
-  Generation Y : much ado about nothing ? Le talent des jeunes Luc Wilkin
-  Interview de Jean-Marc Delporte, Président du SPF Economie, PME, Classes moyennes et Energie Eric Nachtergaele
-  Guerre des talents et télétravail Jean-Paul Gailly et Laurence Vanhee
-  Quel statut pour la fonction publique de demain ? Eric Nachtergaele
-  Bilans professionnels de développement : prise en compte des besoins individuels au service de l’atteinte des objectifs de l’organisation Gisèle Dedobbeleer et Nadine Sougné
-  La guerre des talents aura-t-elle lieu ? Sonia Mendoza

VARIA

-  Action publique et pluralisme des logiques d’empowerment de l’usager/patient. Analyse comparative de deux plateformes en matière de web santé François Romijn
-  Déconstruire le spectacle politique : quand les médias mettent en scène Geoffrey Joris

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Le présent numéro de Pyramides a pour ambition de se pencher sur la problématique des ressources humaines dans l’administration publique, dans un environnement complexe de changements sociétaux et de restrictions budgétaires. La guerre des talents qui se joue(rait) oppose le secteur privé et le secteur public, faisant rejaillir les particularités, pas forcément immuables, de l’une et de l’autre. Pour la fonction publique, l’équation est difficile : recruter et fidéliser les bons éléments, tout en réduisant le nombre de fonctionnaires et en modifiant son statut, c’est-à-dire son identité en tant que travailleur et représentant de l’Etat.

En introduction, Eric Nachtergaele rappelle que si l’administration aligne sa politique de recrutement sur les pratiques du privé, elle ne partage pas pour autant la même finalité, celle de faire du profit. Il revient également sur l’origine du concept de la « guerre des talents » et soulève les questions qui pèsent sur la sauvegarde des notions d’intérêt général et de démocratie.

Les auteurs David Giauque, Simon Anderfuhren-Biget et Frédéric Varone estiment quant à eux que la littérature scientifique sous-estime les motivations idéelles et valorielles des travailleurs, que ces derniers soient conscients ou non de leurs talents, et qu’ils se trouvent dans le secteur privé ou le secteur public. L’étude des processus motivationnels des employés qui nous est présentée, montre que, si guerre des talents il doit y avoir, l’approcher par les valeurs sera déterminante.

L’article d’Alexandre Piraux, « Le statut et la guerre des talents », revient d’abord sur la notion de talent, qui est selon lui, un don individuel, une exception. Or l’idéal d’excellence est le leader (manager) compétitif. Il nous rappelle les raisons d’être du statut, sans le présenter pour autant comme un « concept indépassable ». L’administration représente l’engagement dans sa durée à une époque où les carrières s’envisagent à court terme. Pour l’auteur, « les services publics ne manquent pas de talents, il leur faut surtout un cap et un projet ».

La contribution de Dorien Buttiens et Annie Hondeghem étudie la position du gouvernement flamand dans la gestion des talents, sur la base de deux approches principales : l’approche exclusive qui concerne une élite très restreinte de collaborateurs, et l’approche inclusive qui touche tous les employés de l’organisation. Il en ressort que le gouvernement flamand privilégie l’approche inclusive, sur la base de l’idée que tout le monde a du talent et que celui-ci doit être développé. Pour le secteur public, cette approche semblerait tenir du réflexe naturel. Dans le même temps, les institutions flamandes sont également soumises à des pressions économiques pour maximiser l’efficience.

Une thématique sous-jacente à la guerre des talents a trait aux différences générationnelles des travailleurs et la façon dont le monde du travail devrait tenir compte de leurs spécificités. Avec « Génération Y : much Ado about nothing ? Le talent des jeunes », Luc Wilkin revient sur cette question avec un portrait de la génération Y et ses talents réels ou supposés, relevant les approximations qu’engendre une telle classification générationnelle.

Pour la rubrique des études de cas, Eric Nachtergaele s’est entretenu avec Jean-Marc Delporte, Président du SPF Economie, PME, Classes moyennes et Energie. Ce dernier estime que le statut financier des fonctionnaires n’est pas très différent de celui du secteur privé. Travailler pour l’intérêt général et bénéficier d’une stabilité de l’emploi pour les fonctionnaires statutaires constituent, à ses yeux, les avantages majeurs de la fonction publique. Pour l’avenir, la mobilité interne devrait être améliorée afin de satisfaire les agents désireux d’avancer dans leur carrière. Les candidats à un emploi dans la fonction publique ont une motivation particulière quant aux objectifs plus humains de l’organisation. « Les travailleurs n’acceptent plus que le but soit le seul profit dont ils ont par ailleurs l’impression que cela ne leur profite pas ».

Egalement présenté dans les études de cas, l’article de Jean-Paul Gailly et Laurence Vanhee analyse le télétravail en tant qu’outil de bien-être pour les travailleurs et de ce fait, comme critère retenu par les talents pour diriger leur carrière vers la fonction publique, ou du moins dans le service qui propose ce mode de travail car, comme le soulignent les auteurs, la guerre des talents a aussi lieu entre les différents services de l’administration publique. Le texte présente les cas du SPF Sécurité Sociale et du SPF Mobilité et Transports où les concepts de « flexiplace » (plusieurs lieux de travail) et « flexitime » (horaire variable) ont été mis en œuvre. Entre autres conclusions, il ressort de leur analyse qu’un changement de mentalités des managers est encore nécessaire, afin d’établir un lien de confiance avec leurs collaborateurs.

A l’occasion des 75 ans d’existence du statut « Camu », Eric Nachtergaele revient sur les modifications qui sont en cours depuis 2012 sur le texte du statut. Des mesures ont été adoptées dans un contexte financier difficile qui prévoit seulement le remplacement d’un fonctionnaire sur trois. L’auteur s’interroge quant aux conséquences de leur mise en chantier sur la carrière des fonctionnaires. La nouvelle carrière pécuniaire, l’avancement barémique seront basés sur la nouvelle forme d’évaluation. La mesure la plus marquante actuellement en négociation syndicale est certainement celle visant à créer un Conseil du Contentieux du personnel sur le modèle du Conseil du Contentieux des Etrangers. Cette future juridiction administrative spécialisée serait la seule compétente pour connaître des recours introduits à l’encontre de décisions individuelles prises dans le domaine des contentieux du personnel de l’Etat.

La contribution de Nadine Sougné et Gisèle Dedobbeleer fait le point sur la pratique au Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale de proposer à ses collaborateurs des bilans professionnels, dans le but de les fidéliser et de les rendre acteurs de leur propre développement. L’individu est mis en valeur, dans une logique d’encadrement qui veut éviter une culture de l’organisation trop contrôlante. La politique des ressources humaines doit trouver l’équilibre entre l’organisation, le management et l’individu.

Dans une prise de position plus personnelle, l’article de Sonia Mendoza qui a été rédigé avant le dévoilement du plan de réforme des carrières du secrétaire d’Etat à la fonction fédérale Hendrik Bogaert début 2013, traite de la capacité des organisations publiques à se montrer attractives. La place qu’occupe la gestion des ressources humaines est la question-pivot qui structure son analyse. Elle propose des pistes pour un futur amélioré de la prise en charge des talents. On note à cet égard la suggestion de prendre plus en compte et de tester les compétences clés des agents plutôt que de se focaliser sur les titres et les connaissances.

En définitive, la présente livraison apporte une vision contrastée et clivée de la notion de talent. Les contributions de la partie « Approche générale » privilégiant plutôt une approche du talent étroitement liée aux valeurs publiques alors que les articles de la partie « Etudes de cas » semblent reproduire une approche indifférenciée de la notion de talent quel que soit le secteur concerné.

En dehors de la thématique traitée dans ce numéro, François Romijn s’interroge, à travers une analyse comparative de deux plateformes santé sur Internet, sur la place occupée par l’action publique dans la diffusion d’informations de santé en ligne. Au-delà de la logique individuelle de responsabilisation (« empowerment ») de l’usager-patient, la question qui se pose est de savoir jusqu’où s’étend cette responsabilité et sous quelle forme celle-ci peut évoluer.

Enfin le texte « Déconstruire le spectacle politique : quand les médias mettent en scène » postule que les médias jouent un rôle fondamental dans la structuration du monde politique. S’inspirant des travaux de Edelman, Geoffrey Joris propose une analyse empirique de quelques crises médiatiques récentes afin de montrer que la sphère médiatique peut être comprise comme un « spectacle politique » dont il y a lieu de déconstruire les messages afin d’en extraire l’information pertinente.

La rédaction