Centre d’Etudes et de Recherches en Administration Publique

Accueil du site - Revue Pyramides - Numéros parus - Pyramides n°14 - Les systèmes en réforme : les universités

Commander

Comment s’abonner, comment commander

S’abonner ou commander un numéro

Tous les numéros de Pyramides sont en vente au prix de 30 euros, frais de port inclus.

Il vous suffit de nous envoyer votre commande par email : cerap@ulb.ac.be en indiquant votre adresse de livraison et/ou de facturation. Le numéro vous sera envoyé par la poste avec la facture

L’abonnement à la Revue Pyramides donne droit à deux numéros annuels au tarif suivant :

  • Abonnement belge :
    • Individuel : 50 euros
    • Institutionnel : 100 euros (deux exemplaires de chaque numéro)

Coordonnées bancaires :

Banque Fortis (Place Reine Astrid, 7 - B-1090 Jette) Compte bancaire : 001-3424209-88 IBAN : BE 56 001342420988 Adresse BIC : GEBABEBB

  • Introduction. Luc Wilkin

    Version électronique sur revues.org

    Ce numéro de Pyramides traite de questions relatives à l’enseignement supérieur et, en particulier, au sein de ce secteur, de débats relatifs à l’évolution et au fonctionnement des universités.

    Ces dernières, en particulier en Europe, ont à faire face à une série de données nouvelles qui se juxtaposent à des situations plus anciennes.

    La question du financement reste aujourd’hui largement posée dans un contexte où les budgets publics consacrés à l’enseignement supérieur s’avèrent de moins en moins suffisants et où les universités européennes se voient de plus en plus invitées à recourir à des sources de revenus de nature privée, tout en se voyant investies d’une mission importante en tant qu’instruments du développement économique d’une Europe de la connaissance (cf. la stratégie dite de « Lisbonne »). Dans le même temps, le processus de Bologne pousse à une harmonisation des programmes d’enseignement à tous niveaux (depuis le baccalauréat jusqu’à la formation doctorale) et à une mobilité plus accrue des étudiants, des enseignants et des chercheurs, configurant dès lors les prémisses d’un véritable espace européen de la recherche et de l’enseignement capable de rivaliser avec les autres nations, au premier rang desquelles les Etats-Unis.

    C’est sur cette toile de fond que d’autres phénomènes s’observent. Sur le plan de l’organisation interne, certains établissements ont adopté ou adoptent des instruments et des pratiques de gestion inspirés du secteur privé – comme dans les administrations publiques, le new public management y est en marche. Plans stratégiques et opérationnels, audits, mécanismes d’évaluation interne des performances des équipes de recherche et des programmes d’enseignement, gestion par objectifs, mécanismes d’allocation des ressources sur la base de critères quantitatifs, « benchmarking », « balance scorecard », etc., font désormais partie du vocabulaire de la gouvernance interne. D’autres mécanismes de gouvernance « externes » s’observent également : créations d’agences d’évaluation de la qualité de l’enseignement et/ou de la recherche aux niveaux national et européen, importance accrue des organismes d’accréditation des programmes et montée en puissance des instruments de comparaison et de classement des performances (les « rankings ») des universités, tant au niveau des Etats que de la planète toute entière.

    Tous ces éléments s’inscrivent dans un contexte de concurrence accrue entre universités avec, ici et là, des regroupements d’établissements susceptibles de générer des masses critiques favorables à un meilleur positionnement des établissements, dans le concert national ou international.

    Ces évolutions – évoquées ici rapidement et de façon non exhaustive – posent évidemment un grand nombre de questions et suscitent polémiques et débats.

    Le présent numéro de Pyramides apporte quelques éclairages sur quelques unes des interrogations soulevées par un monde universitaire en évolution.

    L’article de Frédéric MOENS (« Dans le pré du voisin. Evolution de l’enseignement supérieur en Communauté française de Belgique ») traite de l’évolution du paysage de l’enseignement supérieur en Communauté française.

    L’auteur propose de comprendre le fonctionnement de l’enseignement supérieur à la lumière de trois facteurs structurants. Le premier trouve son origine dans une histoire locale dont il est l’expression et dans un régime politique dont il est le résultat. Dans cette perspective, l’enseignement (bien collectif et service public) est pris en charge par des groupements locaux au nom d’intérêts particuliers qui mettent en œuvre des politiques collectives, tout en utilisant les rivalités qui les opposent comme mécanisme de régulation. Dans la mesure où les mêmes services doivent être offerts à tous, les intervenants ne cessent de s’observer les uns les autres et proposent des prestations comparables. Le deuxième facteur fait référence à l’incontournable dimension linguistique qui, au terme de plusieurs décennies, inscrit les politiques éducatives dans des communautés autonomes. Le troisième facteur – le plus récemment apparu dans les débats – concerne l’internationalisation de l’enseignement supérieur, avec ses conséquences pratiques et idéologiques mais également prétexte et justification de l’introduction de réformes profondes dont les enjeux ont une dimension locale considérable.

    L’observation et l’analyse de la combinaison et de la recombinaison de ces éléments au fil du temps conduisent l’auteur à conclure à l’émergence d’une configuration renouvelée de l’enseignement supérieur en Communauté française plus qu’à un bouleversement radical. Les établissements s’observent, s’ajustent à des contraintes nouvelles en même temps qu’ils utilisent ces dernières dans la poursuite de leurs stratégies et réactivent une logique de réseaux en faisant alliance avec leurs partenaires traditionnels.

    Jean-Luc DE MEULEMEESTER (« Vers une convergence des modèles ? Une réflexion à la lumière des expériences européennes de réforme des systèmes d’enseignement supérieur ») tente de dégager, au travers d’une analyse comparative, les lignes de force de l’évolution de deux systèmes d’enseignement supérieur a priori très différents – le modèle anglais (à l’origine, décentralisé) et le modèle français (à l’origine centralisé) – pour s’interroger sur la convergence ou la divergence des deux trajectoires.

    Dans les deux cas, il s’agit de repérer les caractéristiques des stratégies suivies par l’Etat pour mettre en place des réformes. L’auteur avance que, en Angleterre, s’observe une forme de reprise en main progressive du système par le gouvernement au travers d’un ensemble de mesures (suppression de la nomination à vie, instauration d’un Research Assessment Exercice pour l’allocation des fonds publics, mise en place d’un système unitaire regroupant les anciennes universités et les autres établissements d’enseignement supérieur, concentration de la recherche dans des centres d’excellence mondiaux, stimulation d’une stratégie de spécialisation entre collèges d’enseignement et universités de recherche, etc.) qui soumettent les universités traditionnelles à une pression concurrentielle de plus en plus forte et à une évaluation permanente. Ces mesures, si elles ne privatisent pas l’enseignement supérieur, contribuent néanmoins à créer un quasi-marché. En France, du fait d’un système historiquement centralisé, les tentatives de réforme « dures » ont généralement échoué. Néanmoins, l’auteur met en évidence un mouvement vers plus d’autonomie des établissements, plus de concurrence sous le contrôle de l’Etat et la mise en place de structures d’évaluation.

    Dans sa contribution à ce numéro, Françoise THYS-CLEMENT (« La recherche et l’enseignement supérieur dans un système fédéral : la nécessité d’une Charte européenne des universités ») souligne que la recherche fondamentale constitue un bien public au sens où il est difficile d’exclure quiconque (quel que soit son statut, privé ou public, et quel que soit son origine géographique) de profiter des bénéfices qu’elle génère. Il s’agit de découvertes qui ne peuvent s’approprier par le biais de brevets, par exemple. La production, la « consommation » et la diffusion de ce type de bien dépend donc, par nature, de financements publics. La question se pose alors du niveau de pouvoir le plus apte à assurer la pérennité de ces derniers. C’est dans cette perspective qu’elle plaide pour une Charte européenne de nature à garantir des ressources stables aux universités dans la poursuite de leurs missions.

    La question des rankings – nouvelle donne dans le paysage universitaire – fait l’objet de deux contributions.

    Philippe VINCKE (« Les classements d’universités ») soumet à une analyse critique le contenu et la pertinence des critères pris en compte dans l’un des classements qui fait régulièrement la une des médias (celui de la Jia Tong University de Shanghai, dit « classement de Shanghai ») et porte un regard non moins sceptique sur un autre classement publié annuellement par le Times Higher Education Supplement (dit « classement du Times »).

    Le lecteur trouvera dans cet article non seulement une analyse détaillée et argumentée des critères utilisés mais également un certain nombre de commentaires (assortis d’exemples clairs) de nature plus « technique » sur les méthodes de calcul et de comparaison utilisées (notamment les procédures de normalisation des scores et les effets induits de l’approche qui consiste à agréger par le biais de moyennes pondérées, les performances des universités sur une série de critères).

    Les exemples présentés montrent à l’évidence que, en fonction des méthodes utilisées, la même université peut se trouver à des rangs radicalement différents. Ces classements apparaissent finalement comme méthodologiquement peu ou mal fondés. Ils sont également outrageusement réducteurs dans la mesure où seule l’activité scientifique dans les disciplines « dures » est prise en compte (les sciences humaines y sont singulièrement absentes) et dans la mesure où, également, ils excluent de facto une catégorisation qui engloberait les autres missions classiquement assignées aux universités (enseignement, formation, contribution au développement économique, social et culturel, …).

    Si classement il devait y avoir, d’autres approches seraient donc indéniablement nécessaires. L’auteur attire également fermement l’attention sur les dangers que représentent de tels classements et sur les effets pervers qu’ils sont susceptibles de générer.

    Philippe AGHION, Mathias DEWATRIPONT, Caroline HOXBY, Andreu MAS-COLELL et André SAPIR (« Pourquoi réformer les universités européennes ? »), tout en reconnaissant les carences du classement de Shanghai, utilisent néanmoins ce dernier pour se livrer à une analyse comparative des performances entre les universités américaines et les universités européennes ainsi qu’entre ces dernières.

    Les auteurs proposent un indice de performance par pays qui conduit à constater que, globalement, les Etats-Unis occupent une position dominante. Ils observent cependant d’importantes variations entre pays européens. La Suisse, le Royaume-Uni et la Suède, par exemple, occupent des rangs élevés qui les amènent à des niveaux comparables à ceux des universités américaines. En revanche, le Sud et l’Est de l’Europe se révèlent être moins bien notés.

    Cherchant à expliquer ces disparités entre pays européens, ils mettent en évidence une corrélation positive forte entre les dépenses par étudiant et la position d’un pays dans leur classement. L’analyse se poursuit par l’examen des réponses fournies à un questionnaire envoyé à un échantillon de responsables d’universités européennes. L’analyse des résultats de cet exercice suggère que la performance de recherche d’une université est positivement affectée par une série de mesures liées au degré d’autonomie dont elle jouit et par l’importance du volume de leurs dotations budgétaires.

    L’analyse des interactions entre ces deux facteurs montre qu’une quantité supplémentaire de ressources financières a d’autant plus d’effets sur les performances qu’elle est combinée à une autonomie importante de gestion. Plus précisément, disposer d’une large autonomie budgétaire double, statistiquement, l’effet de ressources additionnelles sur la performance de recherche. Ces constats conduisent finalement les auteurs à émettre une série de propositions en matière de politique économique.

    Dans un tout autre registre, celui de l’enseignement, Elena ARIAS et Catherine DEHON (« Etudiants et universités : un seul profil de réussite ? ») analysent la question de la réussite en première année.

    La démarche des auteures s’appuie sur les données relatives aux primo-arrivants à l’Université Libre de Bruxelles pour les années académiques 1997-1998 et 2001-2002. Elles confirment que le milieu socio-économique influence la réussite de manière significative. Une analyse statistique multivariée permet cependant d’aller au-delà de ce constat maintes fois posé. Il apparaît alors que le niveau d’études de la mère et le statut socio-économique de l’activité professionnelle du père ont un impact majeur sur la probabilité de réussite. L’analyse met également en évidence l’influence qu’a sur la réussite, le type d’enseignement suivi antérieurement. Le fait d’avoir suivi un enseignement de type traditionnel plutôt que « rénové » est positivement corrélé avec la probabilité de réussite. Il ressort également une absence de différence significative entre la réussite des étudiants d’origine étrangère et celle des autres étudiants, à profil socio-économique semblable.

    Le volet de ce numéro traitant des universités se termine par un entretien avec Christine MUSSELIN dans lequel sont abordées des questions relatives aux transformations du système d’enseignement supérieur en France, système qu’elle a minutieusement analysé dans La longue marche des universités françaises (Paris, P.U.F., 2001), et qui fait, actuellement, l’objet d’une série de réformes. Elle y montre en quoi ces dernières poursuivent des transformations déjà inscrites dans des propositions de changement antérieures et en quoi elles rompent avec le passé tant sur le plan du remodelage du paysage universitaire français que du fonctionnement interne des établissements. L’entretien élargit le questionnement au niveau européen.

    Christine MUSSELIN dirige le Centre de Sociologie des Organisations au CNRS. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages consacrés aux universités et aux universitaires. Elle dirige également un ambitieux programme – « Enseignement supérieur et recherche » – d’analyse comparative des configurations universitaires sur un plan international. Elle dirige par ailleurs le RESUP (Réseau d’Etudes sur l’Enseignement Supérieur) et préside le réseau CHER (Consortium for Higher Education Research). Elle est donc une interlocutrice et une observatrice particulièrement bien placée pour prendre de la hauteur par rapport aux débats actuels.

    Sans quitter le domaine de l’enseignement, la contribution de Denis LAFORGUE (« L’administration scolaire française est-elle encore une bureaucratie ? ») porte sur l’administration scolaire en France. Celle-ci, comme dans d’autres secteurs publics, connaîtrait un changement de « référentiel » avec le passage d’une logique de type bureaucratique à une logique plus moderniste inspirée du new public management.

    L’auteur conteste cette vision à ses yeux trop tranchée en montrant, sur la base d’une enquête ethnographique et donc des pratiques professionnelles quotidiennes telles qu’elles peuvent être observées sur le terrain, que ces deux logiques coexistent de façon paradoxale : les acteurs perpétuent des traditions bureaucratiques dans certains secteurs d’activité, tout en s’appropriant des idées et des valeurs néo-managériales dans d’autres secteurs, fondant de la sorte une relation professionnelle sur un va et vient permanent entre ces deux logiques.

    Enfin, dans la dernière contribution à ce numéro, Jean-Paul NASSAUX propose une recension stimulante de L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes de Jean-Claude Michéa, ouvrage dans lequel ce dernier se penche sur les réformes scolaires sous-tendues par les principes libéraux et le primat de l’économie.

  • Dans le pré du voisin. Evolution de l’enseignement supérieur en Communauté française de Belgique. Frédéric Moens

    Version intégrale sur revues.org

    Résumé :

    En Communauté française, l’enseignement supérieur s’inscrit dans la logique développée par tout le système éducatif belge : reflet d’un régime politique consociatif, l’enseignement offre aux citoyens des choix reflétant les familles philosophiques du pays. Historiquement, la publicité des établissements insiste sur leur réseau, c’est-à-dire leur affiliation à un pilier, mais n’évoque pas leurs performances : officiellement, aucune comparaison n’est possible. Une telle situation amène chaque réseau à présenter dans toutes les parties du pays tous les enseignements possibles ; l’évolution de l’enseignement supérieur montre que les acteurs s’observent et sont toujours proactifs face à leur environnement. En s’ajustant au monde contemporain et à ses contraintes, ils réactivent une logique de pilier en cherchant leurs alliances au sein de leurs partenaires traditionnels.

  • Vers une convergence des modèles ? Une réflexion à la lumière des expériences européennes de réforme des systèmes d’enseignement supérieur. Jean-Luc de Meulemeester

    Version intégrale sur revues.org

    Résumé :

    Dans cet article, nous tentons d’évaluer les lignes de force de l’évolution des systèmes d’enseignement supérieur européens, à partir d’une analyse comparative des évolutions de deux systèmes nationaux topiques, le modèle anglais (à l’origine décentralisé) et le modèle français (à l’origine très centralisé), depuis le début des années 80. Nous mettons en avant les stratégies mises en place par l’Etat central dans chaque cas, pour faire avancer les réformes. Le modèle anglais est caractérisé par une reprise en main forte par le centre du pilotage global du système. Même si les financements publics sont attribués de façon sélective et concurrentielle, cette forme de quasi marché renforce plutôt que déforce le pouvoir de l’Etat sur le système. En France, la centralisation du système a rendu plus difficile l’implémentation de réformes analogues à celles menées en Angleterre ; des formes de décentralisation constituent dès lors des conditions nécessaires à la mise en concurrence des universités, selon les conditions choisies par le centre. On assiste ainsi aussi à une forme de convergence des modèles. Nous montrons pour finir cependant que le modèle anglais de pilotage par le haut, via la mise en compétition des acteurs académiques, a ses limites et que tendanciellement, c’est à une vraie libéralisation et même privatisation que l’on risque d’assister. On pourrait ainsi interpréter les réformes anglaises comme des préparatifs (conscients ou non) d’une mise dans le marché (global) d’un système universitaire où la concurrence et l’évaluation par l’Etat ont conduit à une grande concentration – de la recherche – et à l’émergence de global players potentiels. Le fait que l’UE semble pour l’instant suivre la voie ouverte par l’Angleterre dans les années 80 nous laisse penser qu’au-delà d’un certain point, les mêmes limites seront atteintes, et qu’une mise dans le marché des institutions académiques s’avérera inévitable pour assurer le maintien de la compétitivité du monde académique européen, qui aura in fine convergé vers un modèle américain, après un détour préparatoire de concurrence organisée par la puissance publique, pour faire naître des pôles à stature globale.

  • Pourquoi réformer les universités ? Philippe Aghion, Mathias Dewatripont, Caroline Hoxby, Andreu Mas-Colell et André Sapir

    Version intégrale sur revues.org

    Résumé :

    Récemment, les classements internationaux qui ont été publiés indiquent que l’écart de performance entre les universités européennes et américaines est grand, et en particulier que les meilleures universités européennes se retrouvent bien derrière les meilleures universités américaines. L’indice de performance d’un pays que nous avons établi, utilisant le classement de Shanghai, confirme que malgré la bonne performance de certains pays, l’Europe dans son ensemble est nettement à la traîne de l’Amérique. La raison de cette situation, qui contribue au déficit de croissance économique de l’Europe, est double. Premièrement, l’Europe investit trop peu dans l’éducation supérieure. Les dépenses totales privées et publiques en éducation supérieure dans l’Europe des 25 atteignent à peine 1.3% du PIB, contre 3.3% aux Etats-Unis. Cela se traduit par des dépenses moyennes de moins de 10.000 € par étudiant dans l’Europe des 25, et par plus de 35.000 € aux Etats-Unis. Deuxièmement, les universités européennes souffrent d’une gouvernance inadéquate, d’autonomie insuffisante et d’incitations souvent perverses. Notre enquête sur les universités européennes montre que les deux facteurs contribuent à la faible performance de l’Europe et qu’une réforme devrait avoir lieu sur les deux fronts, parce que l’autonomie augmente aussi l’efficacité des dépenses.

  • Etudiants et universités : un seul profil de réussite ? Elena Arias et Catherine Dehon

    Version intégrale sur revues.org

    Résumé :

    Dans cette étude, la réussite à l’université en première année est analysée en tenant compte des caractéristiques individuelles, du parcours scolaire et du milieu socio-économique de l’étudiant. L’analyse empirique est effectuée sur des données contenant les primo-arrivants de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) pour les années académiques 1997-1998 et 2001-2002. Cette étude de cas se présente donc comme un premier pas vers une analyse exhaustive des facteurs qui influencent la réussite à l’université en Belgique. Les résultats montrent que le milieu socio-économique influence la réussite de manière significative. Plus particulièrement, le niveau d’études de la mère et l’activité professionnelle du père ont une importance prépondérante sur la probabilité de réussir la première année. On constate également une différence dans la performance des étudiants qui ont des parcours scolaires distincts : les étudiants issus du système traditionnel ont des meilleurs résultats que les étudiants issus de système rénové. Finalement, en contraste avec les résultats de la littérature, les étrangers et les autochtones ne présentent pas des différences significatives dans la probabilité de réussir leur première année si l’on considère leur milieu socio-économique.

  • L’administration scolaire française est-elle encore une bureaucratie ? Denis Laforgue

    Version intégrale sur revues.org

    Résumé :

    En France, le développement d’enquêtes sociologiques sur l’administration scolaire prend la forme d’une thèse dominante : on assisterait à un changement de la forme organisationnelle caractéristique de cette administration, à travers la mise à mal des logiques bureaucratiques et l’émergence de formes de régulation inspirées du néo-management. Sur la base d’une enquête ethnographique, cet article a deux objectifs. Il s’agit tout d’abord de pointer les limites de cette thèse d’une « déprise des logiques bureaucratiques », en montrant que l’administration scolaire reste une organisation largement bureaucratique au niveau des pratiques professionnelles quotidiennes et en s’intéressant aux causes de cette permanence de la « forme bureaucratique ». Puis nous identifions des formes d’articulation paradoxale entre ces deux logiques organisationnelles hétérogènes que sont la bureaucratie et le nouveau management public : les acteurs administratifs sont capables de perpétuer des traditions bureaucratiques dans certains domaines d’activité, tout en adoptant des idées et des valeurs néo-managériales, dans d’autres secteurs ; ils s’avèrent également capables de « fondre » dans un même acte ces deux logiques pourtant hétérogènes ou bien encore de fonder une relation professionnelle sur une oscillation permanente entre ces deux logiques organisationnelles.